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Publié par Jean-Paul Auvolat

 

Des filtres oui, mais pour filtrer quoi ? Et pour quels besoins ?

...telle peut être la question !

 

A la suite à de nombreuses questions relatives aux différents essais effectués sur certains matériels spécialisés dans le filtrage du réseau domestique 220 V / 240 V monophasé, notamment celui réalisé par le « Laboratoire de Recherches Robin des Toits MidiPy », voici, me semble-t-il, quelques points utiles à considérer...

Voir pour rappel et références :

Aussi, les mesures en laboratoires étant le plus souvent une affaire de spécialistes quant aux interprétations des différente résultats, je vais me permettre d’adjoindre quelques compléments contributifs à vous aider au recentrage de vos réflexions (s'il le fallait). Et ceci afin que vous ne soyez pas limités, et surtout enfermés dans des combats d'analystes pourvus de modèles de cerveaux dits en « cortical gauche », certes performants dans cette matière (c'est l'époque qui nous l'impose), toutefois et parfois, un peu en retrait des problématiques relatives aux personnes dites "sensibles", EHS, ou en phase de le devenir, ou tout simplement choisissant le principe ALARA comme ligne de conduite dans leur vie et/ou celle de leurs proches.

Rappelez vous du compte rendu du Conseil de l'Europe

(...) le principe de précaution devrait s’appliquer lorsque l’évaluation scientifique ne permet pas de déterminer le risque avec suffisamment de certitude. D’autant que, compte tenu de l’exposition croissante des populations – notamment des groupes les plus vulnérables comme les jeunes et les enfants –, le coût économique et humain de l'inaction pourrait être très élevé si les avertissements précoces sont négligés.(...)

(...) le problème des champs ou ondes électromagnétiques et leurs conséquences possibles sur l’environnement et la santé est évidemment comparable à d’autres problèmes actuels, comme celui de l’autorisation de la mise sur le marché des médicaments, des produits chimiques, des pesticides, des métaux lourds ou des organismes génétiquement modifiés (...)

Lire : http://ergonomie-electromagnetique.fr/2018/07/rapport-conseil-de-l-europe-0.html

Tout d'abord, de quoi parlons-nous ?

De filtres « anti-CPL » ou de filtres « anti-dirty-electricity » ?

Voilà à mon sens la première question à se poser !

Du point de vue historique...

Le CPL relatif aux compteurs Linky, est un phénomène beaucoup plus récent que la dirty-electricity en elle-même, cette dernière s'étant particulièrement développée (notamment) à la suite des évolutions technologiques telles que l'arrivée d'un nouveau composant électronique sur le marché dans les années 1960 ; le « Thyristor », et dans la foulée ; le « Triac » (2 thyristors montés en tête-bêche).

Ces composants ont révolutionné le monde de l'électricité domestique (et industriels) par les nouveaux services qu'ils ont permis de développer, tels que les variateurs de vitesses, les gradateurs, le pilotage, la commande de moteurs, les régulateurs, la robotique etc. tout en multipliant de façon exponentielle l'injection de parasites, de composantes harmoniques, de charges excessives et asymétriques sur le front montant de la sinusoïde positive et sur le front descendant de la sinusoïde négative, voir la démonstration ci-dessous (merci à son auteur) :

https://www.tecnipass.com/cours-electronique.cem-alimentations-variateurs.onduleurs

 

Toutefois, et sans rentrer dans des détails techniques trop rébarbatifs, voici quelques paramètres à considérer...

Que cherchez-vous à réduire ; « le CPL » ou « la dirty-électricity » ???

Si vous avez déterminé que c'est bien le CPL induit par les échanges d'informations générés par les compteurs Linky et l'ensemble du réseau auquel votre compteur appartient, alors concentrez-vous sur du matériel de filtrage adapté et spécialisé dans ce domaine.

En règle générale, plus vous êtes sur du matériel spécifique et dédié à la réduction des émissions CPL, plus vous aurez de chance de réduire l'impact des nuisances qu'elles induisent, certes, sans pour autant réduire l'intégralité de la dirty-electricity. Toutefois, est-ce nécessairement le but ?

Aviez-vous de quelconques gènes avec la dirty-electricity (sauf exceptions), ou en aviez vous pris conscience avant l'arrivée du compteur Linky ???

C'est là où il vaut d'identifier les risques potentiels : CPL ou dirty-electricity ?

Résumons, la dirty-electricity contient les émissions CPL du Linky, mais pas l'inverse.

Particularisme des signaux CPL induits par le Linky, ils sont cadencés, c'est un fonctionnement en régime impulsionnel plus couramment appelé « régime pulsé», et c'est là où il faudrait principalement et prioritairement agir !

Ne vous souvenez-vous pas d'autres matériels qui intègrent cette technologie de transmission ? Bien évidemment ; le téléphone portable, le Smartphone, mais pas que...le WiFi, le DECT etc.

Vouloir, à partir de la prise de conscience des émissions CPL du Linky, supprimer toute la dirty-electricity est un noble combat, toutefois ne vous transformez pas en Don Quichotte, vous pourriez être facilement déboutés et impuissants devant l'exercice à réaliser si vous êtes sensibles aux rayonnements induits par les émissions du réseau Linky !

En effet, que ce soit en électronique ou en d'autres matières, plus nous en voulons, moins nous sommes efficaces sur un point très précis. Cette loi s'applique également aux filtres, plus ils sont précis (bande étroite), plus leur coefficient de surtension est élevé (plus ils ont un pouvoir réducteur), et inversement, un filtre large bande est globalement plus limité en pouvoir de réduction (hors technologies de pointe).

Résumé synthétique :

  • Filtre large bande <=> Réduction moyenne sur la bande considérée
  • Filtre bande étroite <=> Forte réduction sur la bande considérée

Ce qui se traduit pour ma part comme suit :

  • Filtre large bande => Réduction moyenne => Filtrage dirty-electricity
  • Filtre bande étroite => Forte réduction => Filtrage CPL

 

 

Autre point...les variations de charges (ou variations d'impédances)

Les travaux de laboratoires, se proposent de réaliser artificiellement des protocoles de mesures permettant de comparer différents produits (filtres), toutefois :

Point n°1 - Les impédances d'entrées :

Coté fournisseur d'électricité, elles ne sont pas du tout d'une constante absolue, ce qui oblige à réaliser les tests avec des impédances d'entrées artificielles variables, et même très variables selon les protocoles retenus : « entre 50 Ohms et 0,1 Ohm » selon la méthode CISPR 17 (utilisée pour l'exemple par le laboratoire EMITEC) soit un écart d'impédance de « 500 », ou « entre 1 Ohm, 4,7 Ohms ou 47 Ohms » selon le « Laboratoire de Recherches Robin des Toits MidiPy », ce qui conduit à une variabilité de « 47 », voir un des exemples sur le lien : https://robindestoits-midipy.org/pdf/En-direct-du-labo/2-filtres/FiltreCPLABSOPLUGv2.pdf

Donc, en laboratoires, les filtres sont testés coté réseau avec une impédance d'entrée qui peut varier dans un rapport de 1 à 500 ! Ce n'est pas neutre du tout, ce qui veut dire que, selon les protocoles utilisés et la méthode, la comparaison des mesures peut être in fine, assez approximative, voire très approximative au regard de la réalité sur le terrain, et d'une comparaison plus spécifiquement commerciale plutôt complexe.

Cette analyse ne cherche aucunement à discréditer les mesures effectuées par les laboratoires, les associations ou les indépendants, mais elle se veut poser la problématique des paramètres de comparaison de produits à grande variabilité, et du choix des consommateurs, sachez-le !

Point n°2 - Les impédances de sorties :

Les impédances de sorties (coté habitat / entreprise) ne sont pas non plus d'une constante absolue, ce qui oblige également les laboratoires à réaliser les tests avec des impédances de sorties variables en vues de simulations suffisamment proches de la réalité.

  • Selon la méthode CISPR 17 : 50 Ohms et 50 Ohms en série => facteur 2
  • Selon le « Laboratoire de Recherches Robin des Toits MidiPy » : 22 Ohms, 220 Ohms, 2000 Ohms => Soit une variation dans un rapport de facteur 100

Point n°3 - Les résultats des tests :

Selon les tests fournis par les laboratoires, associations ou indépendants, nous observons de nombreuses disparités quant aux protocoles de mesures ; impédances d'entrée, de sortie, de charges etc.

Quelques exemples :

  • http://www.polier.fr/pages/filtre-cpl/test.html Dans ce test, et sauf erreur, aucune indications relatives aux impédances de tests en entrées, ni en de sortie, et puisque l'auteur indique :  " Aucune exploitation, utilisation, modification, reproduction (totale ou partielle) diffusion ou rediffusion ne peut être faite sans l'accord..." je vous laisse découvrir vous-même les résultats à partir du lien de téléchargement mentionné sur la page

Et qu'en est-il pour le comportement « à vide » des produits testés, c'est à dire « hors charges » ???

Si les études et comparatifs sont effectués sur des impédances de charges variables, qu'en est-il lorsqu'il n'y a pas ou très peu de charges  ? Comment se comportent les filtres ?

Car il est un fait que tout n'est pas en charge en permanence, que ce soit dans un studio, un petit appartement ou dans un logement conçu pour les electro-sensibles / EHS etc., c'est une configuration fondamentale à considérer.

Les « perfectionnistes » voudraient que tout soit intégralement supprimé sur une bande de fréquences ultra étendue, et de surcroît pour pas cher !

Attendons qu'ils soient confrontés à la réalité objective du filtrage pour se rendre compte de la complexité de la problématique technique et pratique. Précisions déjà que « supprimer » n'est pas le terme qui convient, mais « réduire » est plus juste. Un affaiblissement de 40 dB divise le niveau électrique du CPL par 100, mais ne le supprime pas ! Si les impulsions sont mesurées à 5 Volts (max) avant la pose d'un filtre, vous obtiendrez théoriquement 0,05 V après installation, soit 50 mV. Si vous aviez un affaiblissement de 80 dB (ce qui est complexe à obtenir), vous obtiendriez théoriquement là aussi 0,5 mV après la pose du filtre, mais pas 0 mV, puisque nous divisons le niveau d'un signal par un coefficient qui n'est pas infini !

Donc, quelque soit le filtre installé, vous aurez certes un affaiblissement relatif et fonction de la qualité des filtres, mais certainement pas une suppression des signaux.

La question est : « Jusqu'où devons nous aller dans la réduction des niveaux d'émissions relatifs aux trames CPL du Linky et de son réseau de collecte, pour ne pas en être affecté potentiellement, ou s'en prémunir ??? »

Très bonne question, la difficulté étant que la sensibilité de l'un, n'est pas ou ne sera pas à un instant « T » de sa vie, la sensibilité de l'autre, pour conduire à établir une recommandation sûre et fiable dans le temps.

Pour ma part, et pour repère, je tends à suggérer une réduction de base d'au moins 40 dB (division par 100 du niveau électrique du CPL relatif aux émissions générées par le réseau Linky).

Tout en précisant que s'il vaut de se focaliser uniquement sur les émissions CPL émises par le réseau Linky, toutefois de nombreuses autres émissions à fort impact sont également émises dans un habitat, et qu'il serait intelligent de les prendre en compte également en amont, conscient pour ma part et avec de nombreuses formations à la clé suivies en Allemagne, que les phénomènes d'influences sur le vivant sont en relation directe avec la combinaison et les interactions entre les différents champs électriques, magnétiques, magnéto-statiques, et électromagnétiques ambiants naturels et/ou artificiels. C'est dit !

Pour résumer sur les points principaux à retenir :

  • Les tests en laboratoires permettent de s'approcher par diverses simulations, de l'étendue du fonctionnement d'un filtre à toute fin de tendre vers un certain niveau de comparaison des produits du marché entre-eux, toutefois ce ne sont que des simulations à partir de protocoles établis et non la réalité objective du terrain. Si les tests permettent de nous faire une idée, ils peuvent aussi souvent nous désorienter dans nos choix, voire nous perdre à partir d'une multitude de paramètres techniques trop complexes pour l’utilisateur "lambda" que nous sommes, ne disposant pas de capacités techniques suffisantes dans ce domaine pour faire la part des choses, et opérer à un choix technologique simple
  • Faites le choix entre un filtre spécialisé « anti-CPL » (réduction forte des fréquences pulsées et des trames d'impulsions du Linky) ou un filtre large bande « anti-dirty-electricity » (réduction au sens large, du parasitage sur le réseau domestique)
  • Choisissez un filtre présentant une réduction d'au moins 40 dB (réduction d'un facteur 100 du niveau du CPL)
  • Très important : Priorisez du matériel de haute qualité, surtout ne négligez pas ce point sécurité. N'oubliez pas que votre installation électrique est prévue pour délivrer de la puissance, donc de l'intensité en fonction des demandes de charges (chauffage, ballon d'eau chaude, four, machine à laver la vaisselle, le linge, bornes de recharge pour véhicule électrique, etc.) et ce, sur des périodes longues. Privilégiez du matériel disposant d'une conception sérieuse, d'un bornier de connexion fiable et d'une dimension en adéquation avec les demandes de courants. Prévoir l'équipement en fonction de vos évolutions de vos consommations
  • N'oubliez pas, que vous ayez ou non un compteur Linky, que vous conserviez ou non votre ancien compteur, vous recevrez de toute façon les émissions CPL issues du Réseau Linky de votre voisinage !...c'est çà le partage !

Rappel : Si la réduction des émissions CPL est à considérer, la sécurité électrique est à placer sans équivoque bien au-dessus, ce qui impose comme pour toute installation électrique, de respecter les normes et les règles de l'art lors de l'implantation. La solution ne soit pas être pire que l'anomalie potentielle initiale !

Souhaitant avoir apporté quelques éclairages.

Bonne lecture

JP Auvolat

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Lydia 13/10/2019 12:35

Bonjour
Votre article est extrêmement intéressant, et j'aurais aimé avoir votre avis sur le choix d'un filtre anti-linky.
J'habite dans un appartement de 55 mètres carrés, et le compteur Linky se trouve dans ma chambre à coucher.
Je vous remercie d'avance de la réponse que vous voudres bien m'apporter.
Lydia

Jean-Paul Auvolat 14/10/2019 15:10

Coquille, il faut lire : "La raison principale est que même si le CPL était en très grande partie réduit après l’installation d’un filtre, le compteur serait lui…toujours dans la chambre !"

Jean-Paul Auvolat 14/10/2019 14:12

Bonjour « Lydia », voici mon retour à la lecture de votre contexte (le compteur Linky est dans votre chambre), sachez, et je suis désolé de vous le dire, qu’il fait partie d’un de ceux les moins facile à résoudre !
La raison principale est que même si le CPL était très grande partie réduit après l’installation d’un filtre, le compteur serait lui…toujours dans la chambre !
Alors quelques pistes :
Installer un « filtre série » au niveau du compteur ex « Strike » de Spica, « Prostop » de Polier », etc => oui sur le principe (au-delà des caractéristiques propres à chacun), toutefois dans votre chambre, vous aurez de toute façon le rayonnement du compteur lui-même.
A cet effet, vous pouvez faire blinder le coffret par un électricien, (peinture carbone basses fréquences, ou voile métallique spécifique + mise à la terre), mais vous aurez tours les rayonnements dus aux champs magnétiques basses fréquences.
Sachez qu’une installation de ce type demande à modifier le raccordement du compteur vers le tableau électrique, et que seul un électricien peut assurer et garantir ce type de mise en œuvre, d’autant que si vous êtes locataire, le propriétaire devrait en être tenu informé pour accord.
Autre solution, les « filtres parallèles », ceux qui se branchent sur les prises électriques.
Dans votre cas ce peut être une solution plus souple à réaliser (même si elle est à mon sens toujours moins efficace qu’un filtre série de bonne qualité et en précisant que dans ce cas également le rayonnement du compteur ne sera pas éliminé ou réduit), serait d’utiliser des filtres parallèles à « plugger » ou brancher sur les prises de courant. Il en faut plusieurs à disposer dans la pièce pour assurer un certain niveau de réduction (voir les notices ad hoc).
Mais ceci ne supprimera pas les rayonnements propres aux émissions CPL du compteur lui-même, et n’oubliez pas non plus que le rayonnement majeur du compteur est relatif ; au 50 Hz, au 220 V et à la puissance soutirée, et non aux émissions du CPL.
Bien cordialement
Cordialement
Jean-Paul Auvolat >>> 06 74 99 48 90
www.ergonomie-electromagnetique.fr contact@ergonomie-electromagnetique.fr
Ergonomie Electromagnétique - Qualification de l’environnement électromagnétique
Etudes, accompagnement et solutions pour une recherche du mieux-être dans l’entreprise et l'habitat

Pour précision nécessaire ou rappel si besoin, je ne vends pas de filtres ni ne suis intéressé à leurs ventes !